La photographie ne commence-t-elle pas, là où la parole est arrêtée ?

Ces photographies, instinctuelles, figurent sous une forme allégorique, la plainte du corps après l'épreuve du viol.  La plainte du corps s'exprime par la dissociation du corps et de l'esprit. L'esprit s'est retiré dans de telles profondeurs que le corps, devenu étranger, n'éprouve plus. 

En apesanteur, les corps errants, se sont délestés et ne sont plus qu'un composé de cellules lascives. Les consciences se sont dissoutes dans les abysses de l'âme. C'est le retour de la psyché à l'état de quiétude, la plénitude du vide.

Ces photographies ont été prises dans l'épaisseur de l'eau. L'eau, matière féminine originelle, est ici le symbole 

organique des larmes de la femme. Mais l'eau est également refuge, purification, baume. Les corps, au repos, divaguent dans l'eau berçante, mémoire de l'amnios. Ce sont aussi les photos du silence dans lequel s'enferment les victimes de viol. L'eau est silence, les corps sont muets. 

 

En arrière pensée, "Ophélie", figure de l'idéal féminin dans l'iconographie préraphaélite (Millais, Waterhouse, Paul Delaroche). A la violence du réel, opposer ce symbole de la grâce juvénile sacrifiée, m'a semblé la façon la plus expressive de porter le sujet. " Il m'est interdit de parler, il m'est impossible de me taire ".